Stranger Things


Stranger Things
2016-2026
Matt et Ross Duffer

Nous y voilà, après presque dix ans d’attente, la série emblématique de Netflix touche à sa fin, à ceci près qu’à l’heure d’écrire ces lignes, l’attente était encore de mise de mon côté, revoyant les quatre premières saisons avant de découvrir les dernières salves d’épisodes. Une aventure qui je l’espère ne laissera pas un goût amer tant la série est dans son ensemble l’une des plus grandes jamais vue. Verdict ?

Tout commença en grande pompe à l’été 2016 où la série était déjà présentée comme un porte étendard de Netflix, et le succès fut immédiatement au rendez-vous. Une plongée au cœur des années 80 pour un mélange audacieux entre histoire d’aventure pour enfant, piochant allègrement du côté des Goonies, E.T. et autres histoires de S. King comme Stand by me ou Ça, tout en y insufflant un vrai côté horrifique aussi radical qu’un Silent Hill, le tout sur fond de Guerre Froide teintée de X-Men.

Petite ville habituellement sans histoire, Hawkins va devenir le théâtre d’événements pour le moins inquiétants. Alors qu’il rentrait d’une partie de Donjons et Dragons avec ses amis – Mike (Finn Wolfhard), Lucas (Caleb McLaughlin) et Dustin (Gaten Matarazzo) – Will (Noah Schnapp) va disparaître sans laisser la moindre trace. Peu à peu, les disparitions et phénomènes étranges vont se multiplier. On suivra sa mère (Winona Ryder), persuadée que son fils lui parle à travers les lumières ; le directeur du labo gouvernemental, le docteur Brenner (Matthew Modine), qui cherche son cobaye n°11 (Millie Bobby Brown) fraîchement évadé ; Nancy (Natalia Dyer), la sœur de Mike, qui va partir en quête de la vérité avec Jonathan (Charlie Heaton), le frère de Will ; tandis que le chef de police Jim Hopper (David Harbour) tentera de garder un esprit ouvert face à des situations au delà de son entendement. On notera aussi Steve (Joe Keery) parmi les personnages principaux, petit ami de Nancy, bien qu’il ne sera que secondaire à la progression de l’intrigue.

Si la série a autant marquée d’emblée, outre son côté nostalgique et ses moult références aux œuvres du passé, c’est avant tout pour la grande maîtrise dont elle fait preuve dans absolument tous les domaines. Le rythme est particulièrement excellent, instaurant d’abord cette petite ville modèle américaine où il y fait bon vivre, y ajoutant progressivement du mystère et de l’angoisse, entre surnaturel et complots gouvernementaux. On sent que la production n’a souffert d’aucune limite, nous offrant de vrais décors, donnant un côté palpable à cette ville et ses environs, avec surtout une seconde dimension de L’upside down incroyable, particulièrement réussie dans son design et ses effets spéciaux. Le tout est accompagné par des sonorités un peu rétro donnant une vraie ambiance originale et marquante à l’ensemble, qui arrive sans mal à se dépasser de ses inspirations. Mais ce qui fait d’autant plus la force de la série, c’est bien sûr son casting, un vivier à talents qui a fait exploser des carrières comme rarement on aura vu de telles ascensions. Si les enfants sont un peu moins impactant, sauf Dustin qui est incroyable, tous les personnages sont une franche réussite avec une interprétation au top, avec surtout un Jim Hopper ahurissant de charisme, une version ultime de l’ours mal léché au grand cœur. Bien sûr, avec le recul le lore n’en était qu’à ses balbutiements et objectivement les saisons 2 et 4 vont tellement plus loin, mais mise à part chipoter sur un manque de communication entre certains personnages qui fait avancer un peu lentement les choses au début, cette première saison est une claque sur toute la ligne qui pose avec brio les bases d’un univers fou.

Saison 1 :


Sortie un an et demi après, la seconde saison est l’exemple même de la suite « idéale » : une recette améliorée, en plus grand. La menace de cette saison est le Flageleur mental, une créature aussi immense que terrifiante, aux pouvoirs incommensurables, capable de contrôler par la pensée une armée entière de Demogorgons, c’est dire. Le sort va en revanche continuer de s’acharner sur les mêmes, car contrairement à l’adage, la foudre n’aura de cesse que de frapper au même endroit, Will étant une nouvelle fois la cible de l’upside down, souffrant de terribles rêves éveillés où il s’y retrouve plongé, avec cette ombre du Flageleur planant sur lui.

Cette saison est ô combien importante, car elle met en place moult dynamiques qui deviendront le moteur de la série, que ce soit la relation père-fille entre Jane / Eleven et Jim Hopper, aussi maladroite que touchante (it’s only 8000 calories – grown the hell up !), ou l’introduction de nouveaux personnages tous plus importants et réussis. Nouveau membre du groupe des enfants, Max (Sadie Sink) la zoomeuse est une révélation d’envergure, et probablement l’actrice de la série ayant le plus percé au cinéma. Pétillante, insolente, elle apporte une fougue délectable, semant un léger trouble dans le groupe, mais rien de bien gênant. Son frère Billy (Dacre Montgomery), certes un peu en retrait, est aussi une immense réussite, venant prendre la place non assumée par Steve de la star du bahut, avec une scène hilarante avec la mère Wheeler (Cara Buono). Le King Steve tombe donc, mais pour le mieux, continuant sa transition pour devenir le mec le plus sympa qui soit, nouant une amitié magnifique avec Dustin, assurément le meilleur duo qui soit. Cette saison introduira aussi le docteur Owens (Paul Reiser), souhaitant réellement faire du labo Hawkins un lieu de rédemption, ou encore Murray (Brett Gelman), le journaliste freelance un peu fou qui deviendra le sidekick ultime dans les saisons suivantes. Mais bien sûr, la star de la saison dans notre cœur sera incontestablement l’extraordinaire ordinaire Bob Newby (Sean Astin), aka Sam Gamegie le brave, le fantastique Bob, l’humain le plus bienveillant et méritant de toute l’histoire de l’humanité. Nous ne t’oublierons jamais, étoile la plus brillante de la nuit.

A dire vrai, et c’est assez rare de pouvoir autant prendre son temps, cette seconde saison continue l’exposition, renforce le lore sans encore pleinement rentrer dedans. Un bon point pour ma part, mais qui a pu en frustrer au passage. En passant de 8 à 9 épisodes, cette saison conserve un rythme assez tranquille, avec là encore une menace qui prend le temps de s’installer, avant d’exploser vers la fin, à un détail près qui reste de très très loin l’épisode de la série le plus décrié qui soit : l’épisode 7. Alors que sur IMDb pratiquement aucun épisode ne descend sous les 8/10 (juste deux épisodes à 7.8 et 7.9 en saison 3) avec près de la moitié des épisodes au dessus de 9/10, et que sans l’épisode 7 la saison 2 a 8.9/10 de moyenne, la note qui fait tâche, 6/10. Pourquoi tant de haine ? Eh bien pourtant l’épisode est cool, une plongée dans la misère urbaine avec la découverte d’une sœur Kali (Linnea Berthelsen) indienne aux pouvoirs intéressants, elle aussi arrachée à sa famille pour devenir un cobaye de « Papa ». Etant fan de Chappie, le côté poupon qui bascule dans une criminalité dans un style punk désabusé, ça me parle pas mal. Mais le vrai souci, c’est que l’épisode arrive en pleine dernière ligne droite, coupant en plein twist. Il aurait fallu revoir le montage des épisodes 6 et 7 pour les mélanger et ainsi ne pas couper près d’une heure durant le suspens terrible de la fin de l’épisode 6. Mais soit.

Plus j’y pense et plus certaines des scènes cultes ou marquantes de la série se concentrent dans cette seconde saison, peut-être la plus aboutie de toutes. Jim et Elf qui après le deuil et des familles dysfonctionnelles arrivent à se créer leur propre cocon, Max qui vient tout chambouler, Dustin qui élève son petit Dart avec une naïveté aussi hilarante qu’effrayante, son amitié nouvelle avec l’immense Steve, la petite escapade de Nancy et Jonathan à la recherche de la vérité « too strong », le génial Bob qui veut bien faire mais qui va pousser Will à faire une erreur monumentale, ou même les piques géniales de Erica (Priah Ferguson), la petite sœur de Lucas et ses mimiques de crapule visiblement trop dorlotée par ses parents. Voilà qui confirme donc que Stranger Things n’était pas qu’un éclair de génie, mais bien une vision à plus long terme (dire que la cloche de Vecna y retenti déjà !) qui avait encore de belles choses à nous faire découvrir.

Saison 2 :

Nous y voici, la saison du désamour, celle qui a suscité les réactions les plus mitigées, et qui concentre tous les épisodes les plus mal notés (à l’exception du fameux épisode 7 de la saison précédente). Il faut dire que la saison dénote à plus d’un titre, à commencer par l’âge des acteurs. En effet, si cette saison a réussi à voir le jour au bout d’un an et demi, comme la précédente, la puberté et les poussées de croissance ont fait des leur, certains comme Mike ayant prit deux têtes de plus, comme si le temps était passé trop vite. Mais ce qui change surtout, c’est le traitement en lui-même de la série, qui reposait en grande partie sur deux axes : les références / nostalgie, et l’horreur. A l’image du grand vilain russe dont la copie de Terminator est même clairement oralement énoncée (Magnum aussi), le premier axe est bien moins négligeable que dans les précédentes saisons, plus « in your face » et limite lourdingue entre le délire « Mall » et Retour vers le futur. Un point fâcheux, mais jamais autant pour ma part que la gestion de l’horreur. En effet, le frisson ne sera plus suggéré, misant surtout sur l’ambiance auparavant, basculant totalement dans un sous-genre que je déteste : le body horror, à savoir du gore très visuel à base de corps mutilés ou dégoûtants.

C’est bien simple, les cinq premiers épisodes ont été pour ma part une quasi punition, une longue attente fatigante où ce n’est pas moins de quatre équipes qui seront continuellement séparées pour traquer la menace de cette saison. On aura d’un côté Nancy et Jonathan qui vont enquêter sur des rats, avec du bon vieux féminisme lourd montrant des hommes d’antan archi toxiques ; on retrouvera aussi au Mall Dustin, Steve et sa collègue Robin (Maya Hawke), de même que Erica qui vont tenter de percer les mystères d’une invasion russe ; invasion que vont tenter de contrecarrer Hopper et Joyce en cherchant à savoir ce que font les russes ici ; et enfin Mike, Lucas, Max, Will et Eleven qui vont traquer Billy pour savoir quel terrible secret se cache derrière des inquiétantes disparitions qui semblent lui être amputable. Des sous intrigues évidemment liées, mais qui devront attendre l’épisode 6 sur 8 avant de réellement se recouper. Certes, les précédentes saisons prenaient également leur temps, mais jamais à ce point.

Si on a encore plaisir à retrouver les personnages et que la fin décolle enfin avec plusieurs duos très réussis comme Steve / Robin et Murray / Alexei, cette saison ne sert en fait pas à grand chose, puisque sa fin est peu ou prou la même que celle de la saison précédente, avec une menace juste repoussée. Le coup des russes (qui sera certes incroyable en saison 4) sonne peu inspiré, les querelles d’adolescents sont puériles, l’ambiance est un peu ternie par un passage précipité vers l’âge adulte, et surtout ce basculement vers du pur body horror m’a clairement déçu, pour ne pas dire totalement rebuté. Heureusement, encore une fois les trois derniers épisodes rehaussent sensiblement le niveau, connectant enfin toutes les intrigues pour se concentrer sur les plus intéressantes et aux enjeux plus globaux, avec quelques pépites comme la chanson de L’Histoire sans fin avec la fameuse Suzy (Gabriella Pizzolo). Un faux pas indéniable aux airs de spin-off « summer édition », qui a pu compter sur les bases solides de la série pour ne pas trop s’effondrer. Heureusement, la suite va proposer un vrai renouveau autrement plus excitant et abouti.

Saison 3 :


Bigre que l’attente fut longue ! Contrairement aux deux précédentes qui avaient pu sortir dans un laps assez court (un an et demi), cette fois le Covid nous a obligé d’attendre trois longues années, avec en plus une mauvaise surprise à l’arrivée qui leur a donné des idées cassant le principe même du bing watching : une sortie fragmentée. Composé de neuf épisodes, cette quatrième saison proposa d’abord les sept premiers au printemps 2022, puis les deux derniers à début juillet.

Contrairement à la saison 3 où tout le monde étaient séparés en équipes plus ou moins inutiles ne se parlant pas assez car tout se déroulait à Hawkins, cette fois la série prend une dimension plus grande avec des enjeux tous liés et importants. Alors que Joyce avait fuit Hawkins avec ses deux fils et Jane pour démarrer une nouvelle vie au soleil, un mystérieux colis va raviver l’espoir : et si Hopper était encore en vie, captif d’une prison russe ? Elle va alors organiser son évasion avec Murray, laissant sa famille avec Mike venu rendre visite à sa copine pour le fêtes. Seulement voilà, le gouvernement cherche toujours activement Eleven, tendis que les anciens du laboratoire espèrent pouvoir raviver ses pouvoirs, d’autant qu’une nouvelle menace s’est encore abattue sur Hawkins. Le Flageleur mental s’est visiblement trouvé un allié de poids : Vecna (Jamie Campbell Bower), un mage noir capable d’infiltrer l’esprit des habitants depuis l’Upside Down, et même les tuer. Une série de meurtre terribles affolent la ville, amenant les habitants à croire que le coupable n’est autre que Eddie Munson (Joseph Quinn), le chef du Hellfire club, que tout le monde voit comme une secte satanique alors que ce ne sont que des gamins jouant à Donjons et Dragons. Club dont font parti Mike, Dustin, Lucas et Erica. Nancy, Robin et Steve vont alors leur prêter main forte pour protéger Eddie et trouver ce Vecna, d’autant que le temps presse : Max est sa prochaine cible.

Si toutes les histoires ne se valent pas en termes d’enjeux ou d’intérêt, on est clairement sur le très haut du panier de tout ce que la série a proposé depuis ses débuts. Déjà malgré des épisodes plus longs que jamais (2h20 pour le dernier !) et le record de neuf épisodes de la saison 2 égalé, le rythme est de loin le meilleur de toutes les saisons : dès l’épisode 1, tout est en place, que ce soit la prison et Vecna, qui fera sa première victime d’emblée. Et on peut d’ailleurs pousser un énorme soulagement tant la série fait machine arrière sur le gore stupide et archaïque du body horror de la saison 3, revenant à une peur plus viscérale et psychologique, avec néanmoins pas mal d’éléments visuels choquants démonstratifs. Le meilleur des deux mondes en sommes, retrouvant son ambiance angoissante plus psychologique, mais en y ajoutant plus d’éléments visuels effrayants sans jamais tomber dans de la gratuité mal placée.

Pour en revenir aux histoires, il n’y a absolument rien à jeter. Tout ce qui entoure la prison est une franche réussite avec un combo Yuri / Murray aussi fou que drôle, on a grand plaisir de retrouver le charismatique Tom Wlaschiha (maître des sans visages de Game of Thrones) en geôlier corrompu, et l’acteur de Hopper a subi une transformation physique incroyable (notamment pour le rôle de l’avant-dernière version – oui oui, deux reboots en cinq ans – de Hellboy). Concernant le gang des surfer boys, il y a pas mal à dire aussi. La formation de Eleven permet un développement de lore incroyable, donnant l’autre facette de la vie de Vecna, tandis que l’escapade des garçons apporte une légèreté salvatrice au récit (mais ce qui n’empêche pas quelques passages émotionnels comme quand Will assume enfin ce qui a été dit une dizaine de fois concernant son orientation), qui autrement croulerait sous le poids des ombres. Le revirement hippie de Jonathan sonne comme une évidence, sa réplique interposée du « it’s super safe, it came from earth » (en gros c’est super sécure comme ça vient de la terre, en parlant de la weed) est légendaire, au même titre que le « Purple Palm Tree Delight », et Argyle est hilarant, se battant avec Murray en mode Yuri pour le prix de la pépite comique de la saison.

Place ensuite au vrai gros dos niveau histoire : Hawkins. On aura ainsi une ville tombant dans une chasse aux sorcières folle, rappelant les sombres heures des médias crétins qui assuraient que les jeux-vidéos rendent violent, alors qu’aujourd’hui la science a démontré le contraire. Le nouveau « roi » du lycée Jason et sa troupe de chienchiens dont Lucas tente de faire parti traitent non seulement d’un sujet jamais vraiment traité dans la série, la quête de popularité, mais en plus ils apportent une certaine candeur presque légitime à cette chasse aux sourcières, rajoutant de surcroît ce poison de la religion qui veut combler les blancs dans nos interrogations de la pire des manières. Si tout le monde a crié à la révélation concernant Eddie Munson, c’est effectivement un excellent personnage avec ses grands moments, mais ça reste une version wish de Steve, le vrai partenaire ultime de Dustin avec qui il forme le duo de bro le plus attachant jamais vu. Pas mal mise en avant dans l’histoire, c’est bien sûr Max qui va rayonner le plus, manquant de peu de me faire verser ma larme à plusieurs reprises. Tout ce qui entoure Vecna est de toutes façons le plus grand banger jamais vu, le prime de la série, et même si son niveau de menace reste potentiellement inférieur au Flageleur mental (qui est réellement l’antagoniste ultime ?), son histoire, son développement et même son design sont un enchaînement de claques.

Aventure qui commence à plein régime dès le début, histoires parallèles toutes importantes et captivantes, développement de personnages réussi, mise en scène au top et épouvante retrouvant ses lettres de noblesse, ampleur de l’action décuplée, mythologie à son apogée et Kate Bush qui rajoute un grandiose supplémentaire. Oui, sans nulle doute la meilleure saison d’une série pourtant déjà incroyable, et c’est d’autant plus admirable qu’on pouvait craindre le pire après une troisième saison en demi-teinte qui avait prit tant de mauvaises décisions. Reste maintenant la plus délicate des épreuves : la conclusion, là où tant de grandes séries s’y sont cassé les dents. Stranger Things va t-il entrer dans la légende et devenir pour des décennies entières la série préférées de nombreuses personnes, ou au contraire trébucher sur la dernière marche, et que dans quelques années les gens diront « Stranger Things ? C’était vraiment cool, mais la fin quel gadin ! J’avais oublié ce truc d’ailleurs, ça a pas été supprimé de Netflix ? Moche…  » ? Oh que non !

Saison 4 :

 

Nous y voilà, la toute fin. Vecna a gagné, Hawkins sombre dans les flammes ? Oui et non, l’ensemble de la ville est bien couverte de portails qui coupent la ville en quatre, mais l’écrasement n’a pas eu lieu car Eleven avait pu stopper le processus à temps. Plus encore, pour éviter que des créatures ne surgissent de n’importe où pour semer la terreur, l’armée a mis la ville en quarantaine et a scellé tous les portails, à une exception près qu’ils gardent sous leur protection dans leur base militaire, tout en gardant une surveillance de chaque instant autour de toutes les plaques scellées par mesure de précaution. Enfin auront-ils compris que Eleven ne représente rien et que la menace est au delà de notre réalité ? Eh bien la réalité est plus complexe : la quête d’Eleven n’est qu’un prétexte pour le docteur Key (Linda Hamilton) pour répliquer l’expérience, qu’importe les risques.

On retrouve alors toute l’équipe après plusieurs mois de « plongeons », où ils arrivent à s’infiltrer dans la base militaire pour parcourir l’upside down à la recherche de Vecna et potentiellement mettre fin à ses agissements. Et pourtant, toujours aucune trace de lui, et au contraire les lieux semblent avoir été désertés, à tel point que les militaires y ont installé une base secrète. Que cache t-elle ? D’autant que Vecna n’est clairement pas mort, de plus en plus d’enfants commencent à avoir des visions d’un certain Monsieur Quiproquo, incluant Holly (Nell Fisher) et Derek (Jake Connely), qui sont peut-être la clé pour comprendre ce qui se joue dans l’ombre.

Dès le début, cette dernière saison est à la fois incroyable et frustrante : on sent ce climat de guerre, avec le raz-le-bol de Dustin, Robin et Steve en mode radio pirate, et une résistance bien rodée qui est prête pour l’affrontement final. C’est épique, mais on a l’impression d’en avoir raté pas mal, et en vrai cette histoire de plongeons ferait un excellent jeu vidéo tant on aimerait y être, participer à l’effort de guerre, contribuer. Tout le monde a un rôle à jouer, tout le monde est utile et ça fait plaisir de voir la lumière sur un peu tout le monde, à la limite du fan service avec monsieur Clarke qui va également rejoindre le groupe. La montée en puissance se fait sous haute tension, jusqu’au fameux épisode 4 qui a cassé Internet, donnant un peu aux fans un fantasme ultime concernant un personnage clé, et bon dieu que c’est classe ! Dommage que son rôle restera celui de soutien tant il aurait mérité plus pour la toute fin.

Venons en aux personnages, où tous n’auront pas la même qualité de traitement / degré de satisfaction quant à leur devenir. Pivot central tout du long de la série, Jim Hopper n’aura pas de moment spécialement marquant, et on aurait aimé le voir recroiser ses anciens collègues dont le regard ahuri aurait valu son pesant de cacahuètes. Ensuite, la plupart des autres auront un traitement assez prévisible, quoique pas forcément décevant, mais on aurait aimé du flamboiement aussi fou que Dustin (mon dieu son discours !) et Steve, les plus incroyables bros de la série sans le moindre doute. Le côté narrateur de Mike et toute la dernière ligne droite sont en revanche probablement ce que l’acteur a délivré de meilleur dans tout le show, ce qui n’est pas rien. Mais il faut bien le dire, ceux qui ont le plus brillé au cours de la saison, ce sont Holly et deepshit / delightfull Derek, des personnages forts, drôles et attachants, là pour le côté passation. On notera que dans les anciens, hormis les indépassables Dustin et Steve, les plus intéressants à suivre seront Will, Max et Vecna, les plus travaillés, au contraire de Eleven qui passe en mode bras vengeur déshumanisé et dont l’actrice cachetonne comme rarement on aura vu ça. Pour un rôle à qui elle doit tout, c’est consternant…

Cette dernière ligne droite est donc incroyable à plus d’un titre : instaurant un principe de plongeons sous haute tension, particulièrement bien rodé et prenant, tout le monde a un rôle à jouer et la cohésion d’équipe n’a jamais été aussi forte, on découvre toujours plus de lore autour de la série, la dimension X est force de proposition visuelle, et la saison se paye même le luxe d’introduire encore de nouveaux personnages centraux sans pour autant délaisser les autres ou perdre en lisibilité. Alors oui, cette fois on se prépare, on attaque, on n’est plus dans la surprise ni dans la réaction, donc la menace semble moindre que dans la saison 4, et en plus l’action se concentre uniquement sur Hawkins, là où la précédente était internationale avec quatre lieux principaux. Incontestablement oui, cette saison est moins riche, moins dense et moins grandiose que la précédente, d’autant que les épisodes sont moins longs et ne sont que huit, contre neuf dans la quatrième (avec une moyenne par épisode 10-15 minutes supérieures). Mais concernant la conclusion des arcs, le devenir des personnages, c’est une grande réussite. Pas flamboyante, on explique difficilement le retrait visiblement sans condition des militaires, et on aurait aimé en savoir encore plus sur les personnages, notamment tertiaires dont certains auront tout simplement disparu en cours de route sans aucune nouvelle (on pense notamment à Owens, Argyle ou Suzy). Mais peu de séries se permettent d’offrir à leurs spectateurs près de trois quart d’heure sur le devenir de chacun, avec pas mal de scènes marquantes, jusqu’à la fameuse partie de Donjons & Dragons qui vient boucler la boucle de manière sublime, donc c’est déjà énorme.

D’aucuns pesteront – moi y compris – que la bataille finale aurait pu être encore plus folle, mais que tout le monde serve et que la surprise de la location offre l’un des visuels les plus épique de la série est déjà immense ! Les créateurs n’ont offert que peu de surprises pour cette dernière salve, mais ils n’ont pas cédé aux sirènes de la facilité en sacrifiant à tour de bras comme certains l’aurait souhaité, et entre le coup du « the wise » et la satisfaction générale concernant le devenir de chacun, c’est un véritable tour de force que de trouver une fin globalement si satisfaisante quand pour ainsi dire aucune des plus grandes séries de l’histoire n’aura réussi à faire de près ou de loin aussi bien ! Si malheureusement la troisième saison vient un peu gâcher le tableau avec une histoire largement oubliable et un focus mis sur le body horror complètement raté, force est de constater que la série aura été réfléchie dans son ensemble dès ses prémices, avec quantités d’éléments cachés en saison 2 qui ne prennent leur sens que dans le final, avec un sentiment de maîtrise sur l’ensemble de la série qui inspire le plus grand des respects. Avec sa fin épique et savamment orchestrée, Stranger Things achève d’entrer dans la légende. Merci Netflix pour ce monument de divertissement, et il me tarde déjà de m’y replonger.

Saison 5 :

Publié dans Critiques, Série | Laisser un commentaire

Submersion


Submersion
2025
Byung-woo Kim

Pourquoi payer des sommes astronomiques s’il suffit de produire coréen ? En effet, malgré une quasi absence de communication, ce film des plus modestes (22 M$ de budget) a pulvérisé en dix jours les scores du mastodonte The Electric State fait en six mois, à savoir 60 millions de vues, ce qui était une catastrophe ahurissante dans le second cas, mais qui ici le propulse dans le top 10 annuel sans forcer. Que vaut donc cette proposition à mi chemin entre Interstellar, Matrix et 2012 ?

C’est le déluge. An Na (Da-mi Kim) va se réveiller un beau matin alors que des pluies diluviennes ne cessent de tomber, au point que l’eau va commencer à s’infiltrer chez elle au troisième. Pas une seconde à perdre, elle doit fuir vers les étages supérieurs avec son fils, où elle y trouvera d’ailleurs un certain Hee-Zo (Park Hae-Soo), censé la sauver, car cette pluie pourrait sonner la fin de l’humanité.

Dans l’idée, ça aurait pu être incroyable : une actrice que j’aime bien, une situation de fin du monde, avec en fait un twist à base d’expérience qui boucle jusqu’à sa pleine réussite. Dans les faits, il n’y a pas grand chose à sauver : le prétexte est stupide à outrance (connaissez vous les bateaux ?), l’enfant est insupportable, aucun développement de personnage hormis la mère, les situations vécues durant l’ascension n’ont rien de bien passionnantes, et surtout on y croit pas deux secondes. La pluie est ridicule, un tout petit crachin (oui c’est surtout la banquise et ta mère les astéroïdes, mais quand même), mais surtout la modélisation de l’eau est à un niveau de ratage tel que la société de FX s’est effondrée en bourse et a dû présenter des excuses publiques. En plein immeuble, en pleine rue, l’inondation est d’une propreté cristalline abrutissante, sans compter son absence de texture prouvant que très peu d’eau a été utilisée au tournage. Pourtant, les passages en simulation ont un semblant de personnalité et ceux dans l’espace sont presque corrects, tout n’est pas totalement honteux. Un embryon d’idée aux faux airs de projet étudiant pseudo intellectuel, dont tout le budget est visiblement passé dans le cachet des acteurs.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

KPop Demon Hunters


KPop Demon Hunters
2025
Chris Appelhans, Maggie Kang

Nous y voilà, l’un des plus gros phénomène de l’année, pour ne pas dire de la décennie. En seulement sept semaines, le film a battu le record du film le plus vu de tous les temps pour Netflix, affichant alors 236 millions de vues pour près de 300 millions d’heure de visionnage. Avec une durée de 1h39, autant dire que pas grand monde n’aura raté le générique de fin. Six mois plus tard jour pour jour, le succès ne désempli pas un instant, le titre Golden étant toujours bombardé à la radio, vient d’être nommé aux Golden Globes et ira sans nulle doute aux Oscars, et sur YouTube le clip est en passe d’atteindre le milliard. Malgré un investissement conséquent de 80 M$, Sony ne croyait tellement pas au projet qu’il l’a bazardé à Netflix, et visiblement il y a de quoi s’en mordre les doigts quand on voit qu’une version karaoké en trois dates uniques plusieurs mois après la sortie sur la plateforme a généré près de 25 M$ sur le seul sol américain.

Comme le titre le laisse présager, il va y avoir de la KPop (musique pop sud coréenne) et de la chasse aux démons. On suivra ainsi le girls band Huntrix, composé de Rumi, Mira et Zoey, qui ont été désignées par un ordre secret de protéger la Terre des démons grâce à la musique. En effet, leur chant permet de créer le Honmoon, une barrière protectrice qui va bientôt atteindre sa pleine puissance. Seulement le chef des démons Gui Ma a encore une dernière carte dans sa manche : les Saja Boys, un boys band composé de démons, qui vont partir à la conquête de ce que les Huntrix ont de plus précieux, leurs fans.

C’est un grand oui, mais à modérer. Musicalement, c’est plutôt très bon, assez oubliable pour le boys band, mais les fameuses Huntrix sont au top, carrément ma came. Outre Golden que j’ai déjà écouté des dizaines de fois, le titre de fin « What it sounds like » et celui accrocheur du début « How it’s done » sont punchys et entraînants. Visuellement, c’est plus tiédasse, pas très original au niveau design mais pas non plus mal modélisé, clairement pas de l’animation au rabais, mais par contre la fluidité n’est pas là, où du moins sur l’animation des personnages et notamment leurs expressions de visage. Côté scénario, c’est là que je resterais le plus dubitatif : du archi classique sur la peur de l’acceptation, cherchant à briser une pensée manichéenne, alors que justement le principe est d’opposer le bien contre le mal, les femmes contre les hommes. En vrai le fond est bon, le personnage de Rumi est attachante et il y a un gros potentiel, mais pour les enfants. La forme est édulcorée au possible, du tout public où rien ne dépasse, sans réel traitement ni profondeur, de quoi frustrer ceux à la recherche d’une certaine exigence. Une suite a été programmée pour 2029 (en gros mise en chantier dans l’urgence face au succès totalement imprévu), en espérant qu’elle sera un peu plus qu’une chouette compilation musicale avec une légère toile de fond.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Avatar : de Feu et de Cendres


Avatar : de Feu et de Cendres
2025
James Cameron

Dans une réalité alternative où il n’y aurait eu aucun souci d’écriture, de tournage ou autre, ce troisième opus serait sorti il y a dix ans déjà. Et dire que le tournage s’est finalement terminé en 2020 et que lors de la sortie du second, Avatar : la voie de l’eau, il y a trois ans, une sortie était encore programmée pour 2024. Autant dire que les sorties des opus 4 et 5 pour 2029 et 2031 n’ont rien de gravé dans le marbre, et fut une époque où ils étaient datés pour 2017 et 2018, c’est dire. Une saga hors norme qui a le mérite de prendre son temps, et pour l’instant le résultat est là : trois films très bien accueillis, tous dépassant les deux milliards au box office (même si je m’avance un peu pour le 3ème). Mais passé la claque colossale du premier Avatar, seul film que j’ai vu trois fois au cinéma, cette saga va-t-elle enfin dépasser le statut de simple vitrine technologique ?

On reprend l’histoire tout juste après la voie de l’eau, alors que la famille Sully tente de faire face à la perte de leur fils aîné, tué par l’un des soldats des hommes du ciel. Aveuglée par la rage, Ney’tiri (Zoe Saldana) va exiger que Spider (Jack Champion) retourne « auprès des siens » (chez les hommes), lui qu’ils avaient élevé comme leur fils avec Jake (Sam Worthington). Ils vont alors quitter le peuple de l’eau (dirigés par Kate Winslet et Cliff Curtis), au grand dam de leurs enfants, notamment Kiri (Sigourney Weaver) qui s’est beaucoup attachée à Spider. Pendant ce temps, le colonel Quaritch (Stephen Lang) est plus que jamais déterminé à capturer le traître Jake, alors qu’une autre menace se profile : le peuple des cendres, dirigé par Varang (Oona Chaplin).

Cette fois, j’ai enfin pu voir le film dans d’excellentes conditions : Imax 3D, dans une grande salle sans le moindre souci (pas de personne devant, pas de bruit, juste une terrible envie de pisser en sortant après les quasi 5h entre le transport, l’attente, les publicités puis les 3h17 de métrage). Et oui, passons rapidement sur l’évidence, c’est encore et toujours une claque technique ahurissante, un spectacle plus grandiose et épique que jamais. Enfin ça c’est si on est objectif. Subjectivement, je suis certes moins resté sur ma faim que pour le second – j’ai d’ailleurs eu ironiquement exactement la fin que je voulais pour le précédent en termes d’ampleur – mais ça reste la même chose avec plus de bateaux et de poiscaille, et surtout jamais aucune des deux suites n’a su me procurer les mêmes frissons que lors de ma découverte de Pandora. D’ailleurs, pour une saga qui s’appelle « Avatar », le concept de base est désormais totalement absent… Bref, c’est magnifique, surtout ce qui entoure le peuple des cendres, mais ça reste assez limité.

Place maintenant à l’éléphant au milieu de la pièce qui dérange de plus en plus : le scénario. Déjà pas si incroyable dans le premier, s’appropriant pas mal de thématiques déjà connues en restant beaucoup à la surface mais avec néanmoins un côté mère nature très travaillé, les suites n’ont rien su en faire, si ce n’est des incohérences. Le peuple Na’vi était censé représenté un modèle d’idéal, mais visiblement ils ne valent pas mieux que les humains, voir pire : ils sont xénophobes envers les humains et n’ont aucune cohésion d’ensemble. Comme nous, ils ont des cultes différents (Eowa la forêt, l’esprit de l’eau et celui du feu, et semble t-il aussi les marchands du vent), vivent en communautés séparées, et se font même la guerre entre eux. Amer constat que de voir que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs…

Outre ce point, tout n’est que constat d’échec : Quaritch reste (et restera ?) éternellement le même méchant, son arc de rédemption est laissé en suspend et aucun autre vrai antagoniste ne pointe le bout de son nez ; Ney’tiri est devenue une raciste incohérente avec la princesse tombée amoureuse du premier film ; Jake est un terrible père obnubilé par sa révolution et traite ses enfants comme des soldats, dénué de toute once d’amour, même envers sa femme malgré ses dires ; leur voyage de départ est stupide et son déroulé encore pire (il suffit d’un rien pour convaincre une famille d’aller jeter l’un des leurs ou un marchand pour se peindre une cible sur le front) ; et au final les enjeux sont strictement les mêmes que dans le second : sauver les machins baleine et repousser les humains. D’ailleurs, on en parle des baleines ? Une espèce pacifique qu’il faut convaincre de rentrer en guerre, ça ne vous rappelle rien ? On dépasse un peu trop la simple « inspiration » des Deux Tours. Le seul point positif du scénario est cette gourou du feu, Varang, dont la romance avec Quaritch est aussi malsaine qu’amusante. On pourrait aussi citer celle de Spider et Kiri, les deux piliers du film qui remplacent Jake et Ney’tiri pour les rôles de l’humain tombant amoureux d’une autre vie et la princesse à la grande spiritualité, mais elle n’est qu’à peine introduite.

Nous y voilà donc, la fin de ce premier arc sur Pandora, assez poussif il faut l’avouer. L’aventure fut palpitante, une découverte colossale suivie d’un nouveau bond technique avec tout un univers aquatique (encore que pas très original), mais ce troisième opus n’apporte quasiment rien à cet édifice, prolongeant une histoire qui commence à s’embourber. Il serait grand temps de prendre un nouvel envol, de retourner sur Terre peut-être ? Visiter d’autres planètes, aller dans l’espace ? Il était question des lunes de Pandora également, un peu de diversité pitié ! On ne peut pas tout miser sur les visuels, d’autant que les humains et tout ce qui les entoure est en net recul, décuplant une impression devenu réalité : c’est tout simplement du cinéma d’animation, à la différence que les curseurs du réalisme sont poussés au maximum et que chaque personnage bénéficie de motion capture. Le rêve des Créatures de l’esprit est devenu réalité, mais quel dommage que le fond ne suive pas. Espérons que les suites trouvent une ambition nouvelle, sans quoi le public risque de se lasser.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Train Dreams


Train Dreams
2025
Clint Bentley

Succès surprise de cette fin d’année, ce petit film Netflix très style « cinéma indépendant / film d’auteur » a non seulement su conquérir le public, mais également les critiques puisqu’à la surprise générale le film a passé une tête dans la prestigieuse liste des nominations aux Golden Globes, saluant son personnage principal et la musique. Un beau parcours, mais à réserver aux plus patients.

Le film va nous faire revivre une part de l’histoire des Etats-Unis (du début du XXème siècle jusqu’en 1968) à travers les yeux de Robert Grainier (Joel Edgerton), un bucheron de métier ayant notamment pas mal travaillé sur la construction des voies de chemin de fer (avec William H. Macy d’ailleurs). Une vie de dur labeur, l’éloignant souvent de sa femme (Felicity Jones) et de sa fille.

Difficile de ne pas penser à W. Anderson face à ce film, composé de plans fixes 4:3 à la composition millimétrée d’une froideur clinique. On pourrait citer aussi T. Malick dans les inspirations évidentes tant la contemplation est centrale à l’œuvre. Si ce style ne vous rebute pas complètement, on aura alors une épopée américaine prenante, mais souffrant de deux problèmes majeurs : déjà le ton est très très sombre, même si rien – on l’espère – ne sera jamais plus sombre que Die Krabat ; et ensuite le poids des modèles du genre, une ombre écrasante. Car oui, sur ce même thème les chefs-d’œuvre sont nombreux, que ce soit The Revenant ou Gangs of New York pour le cinéma, ou Assassin’s Creed III pour une plongée plus profonde et interactive, pour ne citer que ceux qui m’ont le plus marqué. Et si en termes d’ambiance (musiques, performances et mise en scène) le film est très réussi, il se montre assez limité sur son histoire, ne racontant pas grand chose de la grande Histoire avec un virage découverte trop brusque et trop tardif pour en faire une vraie thématique principale. Une expérience émotionnelle touchante, mais pas un grand film.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

L’Incroyable aventure de Bella


L’Incroyable aventure de Bella
2019
Charles Martin Smith

Connaissez-vous L’Incroyable voyage ? Eh bien de deux choses l’une, soit les producteurs jouent sur la nostalgie du film, soit ils partent du principe que les gens l’ont oublié et qu’un remake pas vraiment assumé peut le repomper allégrement. Si les spectateurs semblent l’avoir beaucoup apprécié, l’idée avait visiblement ses limites tant l’échec fut retentissant, peinant à amortir la moitié du budget hors promo (81 M$ bruts pour 61 M$ de budget). Mais en vrai, le film a suffisamment d’originalité pour renouveler la formule.

Une loi injuste, un agent véreux et paf : la pauvre chienne Bella va se voir priver de sa famille (Ashley Judd, Jonah Hauer-King et Alexandra Shipp), obligée de partir à 650 km de là. Loin de se douter qu’en réalité sa dite famille mettait tout en œuvre pour pouvoir l’accueillir à nouveau et qu’elle était sur le point de rentrer à la maison, elle va décider d’entreprendre elle-même ce voyage de retour.

Le concept est peu ou prou le même que L’Incroyable voyage : un retour raté de peu, et un immense voyage à travers les Etats-Unis pour retourner à la maison. La mise en contexte est ici plus développée, notamment ce qui entoure la complicité avec les maîtres, bien plus mis en avant, et pour ce qui est du voyage il y a du pour et du contre. Plus d’émotion, de rencontres marquantes, mais le voyage en lui-même est moins impressionnant, moins centré sur les immenses paysages américains, et on passe d’un groupe attachant avec une belle complicité, à une aventure plus solitaire. Chacun des deux films a donc de solides arguments faisant pencher la balance de leur côté, mais l’aîné a forcément la primeur de son âge et l’aura nostalgique l’entourant. De plus, il est dommage qu’à certains moments la production ait choisi des doublures numériques, voir carrément ne faire que des effets spéciaux pour les animaux dits dangereux, ce qui nous sort régulièrement du film tant la différence est flagrante. Chapeau pour l’intégration et les interactions, mais au niveau de la modélisation on repassera. Du pur film familial comme on en fait que trop rarement, et si le concept est un peu trop proche d’un classique qui lui reste supérieur, on passe tout de même un très bon moment.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Misery


Misery
1991
Rob Reiner

Classique parmi les classiques, Misery est à la fois un classique de la littérature, adapté de l’auteur le plus prolifique de tous les temps, Stephen King, mais cette adaptation cinématographique est elle-même devenue un classique, notamment saluée pour son infirmière folle qui a raflé l’Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle. Plus de trois décennies plus tard, est-il encore aussi ce monument du septième art ?

Ecrivain de seconde zone embourbé depuis longtemps dans sa série sur la famille Misery, Paul Sheldon (James Caan) rentrait de son gîte habituel où il écrit chaque nouveau livre, avec cette fois la volonté de mettre fin à sa saga à succès où son livre à paraître allait tuer son héroïne. Seulement voilà, un accident de voiture sur le retour en décidera autrement, puisqu’il sera « secouru » par Annie Wilkes (Kathy Bates), sa plus grande fan. Un sauvetage qui va en fait être une séquestration où Paul devra réécrire son nouveau roman pour correspondre aux attentes de sa ravisseuse, et attention à ne pas la contrarier.

Un concept fort qu’est celui de la détention où la prison devient ici un chalet isolé, entouré par un désert de neige, et où le prisonnier est lourdement handicapé de part les blessures de son accident, le privant d’un bras et de ses deux jambes. Le malaise laisse vite place à l’inquiétude, puis à la terreur de se dire que ce sauvetage n’en est clairement pas un, et qu’il va devoir se plier à la volonté de la maîtresse des lieux pour rester en vie. Simple mais efficace, dans une mise en abîme de la toxicité de certains fans, message peu anodin puisque adapté d’un roman, donc un écrivain qui se met directement en scène. Le suspens quant à la folie de l’hôte des lieux n’est pas là, tout étant d’une évidence claire dès le début, mais on est plutôt sur un suspens entourant la possibilité ou non pour l’écrivain de s’en sortir, et de voir les stratagèmes qu’il utilisera pour essayer d’y parvenir. Globalement c’est plutôt une autoroute manquant de subtilité avec des fusils de Tchékhov bien trop évidents, mais on passe un bon moment avec effectivement une prestation remarquable concernant madame Wilkes. De là à parler de monument du genre, on en est loin, mais même aujourd’hui ça reste très efficace.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Pokémon Legends Arceus


Pokémon Legends Arceus
2022
Nintendo Switch

Quelle erreur ! Alors que j’avais beaucoup trop de temps à l’époque, j’avais carrément zappé le jeu pour deux raisons : je croyais en avoir déjà trop vu en me gâchant l’expérience à travers moult let’s play sur twitch, et surtout je ressortais tout juste du « remake » 4G qui était sorti trois mois plus tôt dans un état lamentable (au point de ne même pas en écrire la critique), remaster fainéant bourré de bugs à peine croyables et faisant l’impasse sur le contenu de Platine. Comme pour punir Pokémon Compagny, j’avais donc esquivé ce qui s’annonçait comme un spin-off peu important à la Breath of the wild, un Zelda que j’ai très peu apprécié et que j’ai mis trois ans à enfin terminer tellement la formule m’étais passée au dessus. Et pourtant, c’est de loin l’épisode le plus ambitieux et intéressant depuis pour ainsi dire la création de la licence, habituée à évoluer le moins possible depuis trente ans.

Graphismes : 12/20 (05/20 la technique, 17/20 la direction artistique)

Diantre que les gens ont gueulé ! Distance d’affichage atroce, clipping ahurissant, quasi absence de texture, que ce soit au sol, sur les rochers ou les bâtiments, et quand le jeu tourne autour du fait de capturer des créatures sauvages, ne pas les voir de loin, voir se faire surprendre par un contact avec l’un d’eux même pas affiché à l’écran, c’est une tannée. De plus, si le jeu tourne très bien sur Switch 2, apparemment il tournait à un lamentable 15-25 fps sur Switch première du nom, ce qui est pratiquement injouable. De la part du studio le plus lucratif de l’histoire (coûts de développement moindres, recettes ahurissantes), c’est une honte absolue. Oui mais.

Ayant prit Héricendre en starter, je dois bien avoué avoir prit une sacrée claque face aux animations de flammes, absolument magnifiques. Et globalement, le jeu est de très loin le plus abouti de toute la saga, tant au niveau de la direction artistique que de la mise en scène. Les animations sont magnifiques, le rapport d’échelle est bien plus impressionnant avec des Pokémons qui font enfin plusieurs mètres de haut, notamment avec les barons et dominants, et au niveau de l’ambiance générale, le style est à la fois proche d’un Breath of the wild mais en plus tranché, plus stylisé. Oui, la technique est indigne, mais j’ai réussi à passer totalement outre car pour une fois la licence a laissé son côté cartoon pour un rendu plus mature embrassant le style japon féodal, et c’est une franche réussite.

Jouabilité : 14/20 (16/20 sur Switch 2)

On en rêvait depuis l’annonce de l’arrivée de la licence Pokémon sur la console Nintendo Switch, capable de faire tourner des jeux ambitieux : un open-world Pokémon où l’on se promènerait au milieu des pokémons, qu’on pourrait attraper en temps réel. Si le jeu est tout de même découpé en zones, avec d’ailleurs un système de hub catastrophique où il faut retourner en ville pour changer de zone, le rêve est enfin réalité, pouvant lancer des pokéballs à tour de bras pour capturer le plus de monstres possibles. Le système n’est pas parfait, le lag sur Switch étant infernal, mais c’est grisant et on souffle fort quand on se trouve à devoir capturer l’un d’eux à l’ancienne en l’affaiblissant dans un combat. Clairement, ce style de capture est exactement ce dont la licence avait besoin. Après, on retrouve les combats tour par tour classiques, mais à la fois avec une mise en scène plus belle que jamais, mais avec également un ajout sympathique avec les modes rapides et puissants qui permettent de se sauver de certaines situations, car le jeu est dur. Enfin une vraie difficulté, avec notamment un « boss de fin » (en réalité boss de seconde fin) des plus retors car l’ordre des tours continue à chaque changement de pokémon, ce qui fait que l’adversaire peut systématiquement mettre une réponse efficace après chaque mort et potentiellement faire un mort à son tour, alors même qu’il faut enchaîner une team de 6 puis deux boss sans aucun soin, chose qui m’a obligé à monter une équipe lvl 75 et faire une dizaine d’essais.
Parlons aussi brièvement des combats de boss, difficiles également, avec une belle mise en scène puisque certains font littéralement la taille d’une montagne ! Pokémon Ecarlate et Violet reprendront un peu de ce principe avec leurs propres dominants, mais sans l’originalité ni la démesure. Et entre deux missions principales, le joueur pourra s’occuper à remplir son Pokédex ou les missions qui y sont liées, sympathique, mais redondant, et c’est d’autant plus dommage que les niveaux de membre Galaxie sont long à débloquer et qu’on se retrouve bloquer dans l’aventure à cause de ça, même en prenant le temps de bien se balader et capturer le plus de créatures possibles. Là encore, l’équilibrage est décevant, empêchant le titre de prétendre aux plus hautes cimes, puisque le farm et le crafting (récupérer des ressources pour créer notamment les pokéballs pour capturer les monstres) sont trop limités, faisant que le joueur sera constamment à cours de tout, et surtout d’argent. Je n’ai personnellement jamais dépensé un centime pour autre chose que augmenter la réserve du sac (une tannée qui oblige à constamment aller tout déposer), et je ne suis même pas arriver au bout des possibilités. Il reste pas mal de points perfectibles à revoir, à peaufiner, mais c’est clairement le genre de jeu auquel j’aspirais et j’ai prit un plaisir immense.

Durée de vie : 14/20 

Ca aurait pu être un équilibre dantesque, mais non. Trop de légendaires sont inclus dans la quête principale, alors que ça aurait été un post-game incroyable, et à l’inverse la quête principale nécessite trop de temps à faire des missions annexes pour compléter le Pokédex et ainsi gagner des niveaux de team Galaxie. De plus, deux points sont dommageables : il reste deux missions principales une fois le générique de fin passé (pardon ?), et pas des moindres puisque la dernière est ni plus ni moins que la rencontre avec Arceus, alors même que le jeu lui est dédié. Pire, il faut avoir complété à 100% le Pokédex pour avoir accès à ce dernier combat, chose qui dépassera de loin la patience de la plupart des joueurs, dont moi. En ligne droite, j’ai pu voir le générique en 20h, puis il m’a fallut cinq heures de plus pour venir à bout du dresseur ultime, mais je n’ose imaginer le temps qu’il faudrait pour atteindre les quasi 250 pokémons du Pokédex régional puisque j’ai terminé ma course à moins de 190 alors que j’ai écumé chaque zone. Et le souci, c’est que beaucoup dépendent de failles aléatoires, et la redondance du système atteint déjà largement ses limites au bout de 25h. Et le problème, c’est que toutes les missions annexes sont axées autour de la complétion du Pokédex, sans zone de combat ou autre, décuplant la redondance d’un post game peu encourageant.

Bande son : 17/20

Déjà que la bande originale de la quatrième génération est un banger, ce retour dans le passé en livre des arrangements d’antan incroyables, arrivant même à intégrer de façon ingénieuse les quelques notes de flute de l’écran titre du jeu d’origine pour en faire un élément de l’histoire. Plus que des réorchestrations et des hommages, c’est une véritable réinvention de la quatrième génération. Reste ces personnages qui semblent vouloir parler, mais qui n’ont pas bénéficié de doublage, une évolution naturelle que même la licence Zelda a fini par sauter. A quand le tour de Pokémon ?

Scénario : 09/20

Annoncé comme un jeu plus mature qui explorerait en profondeur les légendes de Sinnoh, à l’époque où la région s’appelait Hisui, c’est une petite déception. Difficile d’espérer honnêtement le niveau d’un Final Fantasy pour la licence Pokémon, il n’empêche que cette plongée temporelle est très timide. Pas grand chose à se mettre sous la dent en dehors de clin d’œil faciles et un peu vides, alors même qu’on croise des temples anciens où l’on aurait aimé se perdre, voir découvrir un tout nouveau lore. L’ambiance est réussie, mais le fond est très léger.

Note Globale : 14/20

On en rêvait, il est là : le grand Pokémon en monde ouvert ! Enfin on peut réellement capturer des pokémons comme dans l’anime, l’appel de l’aventure est dantesque et cette plongée dans le Sinnoh d’antan est une franche réussite tant la mise en scène est aboutie et que la direction artistique est magnifique. Que demander de plus ? Que la note d’intention aille avec une réelle ambition, largement plombée par une technique catastrophique et divers soucis de redondance et d’équilibrage qui semblent indiquer que les phases de test n’ont peut-être même pas eu lieu. Et on ne le dira jamais assez, quand on est la licence la plus rentable de tous les temps et qu’on a vendu plus d’un demi milliard de jeux, ne pas plus soigner ses œuvres est une honte absolue. Un vent de fraicheur salvateur, qui malgré tous ses défauts est probablement l’expérience Pokémon la plus aboutie à ce jour.

Publié dans Critiques, Jeux vidéo | Laisser un commentaire

Le Murder Club du jeudi


Le Murder Club du jeudi
2025
Chris Columbus

Visiblement très satisfaits des scores de leur nouvelle franchise d’enquête « who done it ? » dont le troisième A couteaux tirés sort très bientôt, Netflix est allé chercher un réalisateur de renom dont la carrière n’a plus aucun sens depuis deux décennies, Chris Columbus, pour transposer le principe dans un cadre assez cocasse : une maison de retraite. Le genre se faisant rare et le casting faisant très envie, ma curiosité était donc piquée au vif.

Dans un domaine pour riches retraités dans le Yorkshire, tous les jeudis un petit groupe d’entre eux (Helen Mirren, Ben Kingsley et Pierce Brosnan) se réunissent pour s’amuser à enquêter sur des meurtres. Une occupation comme une autre, avec l’arrivée d’une ancienne infirmière pour apporter un regard neuf sur une disparition non élucidée datant de près d’un demi siècle. Seulement voilà, cette théorie va devoir faire place à la pratique quand le propriétaire du domaine va être brutalement assassiné.

Tous ceux qui ont poncé les jeux Unlock le savent très bien, il peut être tellement grisant de se prendre pour un enquêteur, surtout quand le suspens est bien récompensé avec une histoire solide où tout se recoupe. Sans révolutionner la formule, le film l’exécute très bien, avec moult rebondissements, fausses pistes et impasses, mais où finalement tout amène de manière utile à une conclusion intelligente. Un classicisme qui pourra en rebuter certains, y voyant là un léger manque d’imagination, mais c’est diablement efficace. Avec en prime un casting cinq étoiles (incluant également David Tennant, Richard E. Grant et Jonathan Price), le tout dans un cadre très Downton Abbey, j’y ai prit un plaisir indéniable. Un film léger, amusant et abouti.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

La Faille


La Faille
2007
Gregory Hoblit

La justice est un sujet fascinant, et le genre du film de procès est un thème qui me tient souvent en haleine, d’autant que les grandes réussites y sont légion comme avec les très bons Le Juge et Anatomie d’une chute, mais surtout les immenses claques Les Sept de Chicago ou Le Procès Goldman. J’avais déjà vu ce film peu après sa sortie, mais c’était donc il y a près de deux décennies, de quoi l’avoir quelque peu perdu dans les limbes des souvenirs vaporeux.

Spécialiste en aéronautique, Ted Crawford (Anthony Hopkins) va un jour surprendre sa femme (Embeth Davidtz) entrain de le tromper avec un policier (Billy Burke). Pour se venger, il va carrément décider de la tuer, mais pas sans réfléchir à un plan pour s’en sortir sans la moindre conséquence. Certain que l’affaire est pliée et que le procès n’est qu’une simple formalité, un jeune procureur (Ryan Gosling) va s’y casser les dents, loin de se douter de la fourberie qu’avait préparé Crawford.

Bon dieu que c’est rageant ! On est vraiment passé à un cheveux d’un excellent film, une référence du genre, mais qui va s’avérer hautement imparfaite, voir décevante. On a l’impression d’y retrouver un Hannibal au meilleur de sa forme, préparant méticuleusement son plan avec un calme glaçant, et tout le début du film est d’une tension incroyable, dévoilant au passage un casting assez fou (on retrouvera également Cliff Curtis, Zoe Kazan et Rosamund Pike). On pourrait croire à un plan si fourbe qu’il en profite pour faire accuser – voir condamner – l’amant, ce qui aurait été logique et grisant d’un point de vue machiavélique, mais non, il s’agit simplement de chercher cyniquement une faille dans le système juridique. Ce n’est plus du génie criminel, mais simplement de la lâcheté vicieuse, ce qui personnellement m’intéresse beaucoup moins. Si quelques idées sont réussies, comme le jeune arrogant remis à sa place, ou encore la conclusion un peu plus maligne, ce formidable vivier se meurt sur toute sa moitié passé la première demi-heure. Un ventre mou des plus terribles comme j’en ai rarement vu. En résulte une version petits bras et frustrante de Hannibal, vouée à redevenir très vite un vague souvenir pas bien important.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire