Zootopie 2


Zootopie 2
2025
Byron Howard, Jared Bush

Si on excepte Ne Zha 2, avec un peu plus de 1,8 milliards de dollars au box-office (et environs 1,9 en projection d’ici la fin), cette suite de Zootopie aurait raflé non seulement le titre du film le plus populaire de l’année, mais aussi du film d’animation le plus populaire de l’histoire. Et d’ailleurs, avec actuellement plus de 653 M$ (le triple du 1er) là bas et toujours premier du top quatre mois plus tard, c’est notamment grâce à la Chine que le succès du film est si massif, doublant pratiquement au global les scores du précédent sorti neuf ans plus tôt (eh oui, les temps de production sont de plus en plus longs, surtout pour l’animation). Pour la France, avec pas loin de 9 millions d’entrées en fin de carrière, le film va rater d’un cheveux la première place annuelle au profit de Avatar 3, tandis que finalement aux Etats-Unis cette place pourrait bien lui revenir si son exceptionnel maintient se poursuit, n’étant plus qu’à une poignée de millions de dollars de cette énorme daube de Minecraft. Y a t-il tant d’enfants sur cette Terre ?

Après avoir fait tombé une maire corrompue, Judy et Nick sont devenus des partenaires de choc au sein de la police de la ville de Zootopie. Après la menace des carnivores, une nouvelle enquête va les mener sur une piste plus effroyable encore : les terrifiants reptiles !

Bon… Clairement, sur le fond comme sur la forme, le constat est absolument identique au premier. Graphiquement, c’est magnifique en termes de modélisation : ultra propre, une technique dernier cri avec des effets de lumière, une gestion des poils affolants de précision. Vraiment, au niveau de la technique pure, c’est irréprochable, et les animaux ont un style classique mais très expressif. Reste que globalement cette maîtrise manque cruellement de personnalité, c’est archi plat et calibré, du Disney pur jus, qui personnellement me lasse et l’époque des dessins à la main et des styles tranchés me manque éperdument. Face aux plans oniriques et épiques de Ne Zha 2, la comparaison fait mal, même avec une technique incomparablement plus aboutie, car pour moi la personnalité prime – presque – toujours. Niveau rythme, on a là le même souci qui m’a provoqué encore ennui et lassitude, surtout à partir du deuxième tiers : autant l’humour fuse non stop, souvent drôle et efficace d’ailleurs, mais l’enquête, le cœur du récit, patine outrageusement. Et puis ça recycle à blinde les mêmes tenants et aboutissants à base de division / conspiration alors que l’union c’est bien mieux et aimons nous les uns les autres. Clairement, c’est pour les enfants, et les quelques références pour adultes sont trop limitées ou maladroites (cf le coup de la queue de lézard en mode blague homosexuelle). Le duo marche très bien, l’ambiance est sympa et ça reste du Disney ultra calibré et efficace, mais bien trop lisse et enfantin à mon goût. Je retiendrais surtout l’excellente chanson de Shakira, inexplicablement absente des Oscars, mais c’est vrai que ça n’aurait de toutes façons pas fait le poids face à Kpop Demon Hunter.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Ne Zha 2


Ne Zha 2
2025
Yu Yang

Eh non, le plus gros succès de l’année 2025 au box-office mondial ne sera pas Avatar 3, loin loin s’en faut, et même la suite de Zootopie, le second du classement, devrait faire près de 350 millions de moins au final. Difficile à croire, mais la suite de Ne Zha a bien pulvérisé tous les records : outre le fait de finir premier de l’année avec plus de 2,2 milliards dans le monde, il est non seulement le plus gros succès de tous les temps pour la Chine, faisant plus du double du second, mais c’est aussi le plus gros succès de tous les temps au niveau mondial pour un film d’animation, devant la suite de Zootopie (décidément une année record pour le genre). La liste ne s’arrête pas là, c’est également le premier film de l’histoire à atteindre la barre du milliard (le précédent record était Star Wars VII avec 936 M$ aux Etats-Unis) sur un seul territoire, et il a carrément fait presque 2,2 milliards à domicile, ce qui veut aussi dire que le film a fait seulement une trentaine de million sur le reste du monde, montrant que le cinéma chinois peine encore à s’exporter. Mais rendez-vous compte, le film a fait plus de 430 millions d’entrées dans un pays comptant 1,4 milliards d’habitants ! Rapporté à la France et ses 69 millions d’habitants, cela ferait 21.5 millions d’entrées, un score atteint seulement par Titanic grâce aux ressorties. Bref, le succès est absolument dantesque, c’est pourquoi j’avais au préalable vu Ne Zha premier du nom, espérant que le passage de 22 M$ à 80 M$ de budget permettrait une qualité d’animation moins datée, et que le succès déjà massif du premier (tout de même 737 M$) inciterait à une histoire moins infantilisante / débile.

Cette suite se place instantanément après la fin du premier, alors que les frères ennemis Ne Zha et Ao Bing ont réussi à sauver le village par le sacrifice de leurs vies. Néanmoins, étant les fruits de la perle divine et de l’orbe démoniaque, les deux reliques sacrées, leurs âmes ont survécu et le lotus sacré peut recréer leurs corps. Seulement Ao Bing va être libéré trop tôt, l’obligeant à partager le corps de Ne Zha et de concourir à un examen des immortels pour reconstituer le lotus sacré.

Le début m’avait à la fois rassuré et refroidi. Déjà, on peut constater que graphiquement le gap est énorme : fini les saccades, c’est enfin fluide. En revanche, le design reste lui très basique, avec de la 3D un peu grossière, et on repart sur exactement le même scénario des deux faisant équipe pour déjouer la machination des dragons. Puis c’est la giga claque : la cité d’émeraude, absolument magnifique et incroyablement inspirée dans sa direction artistique. Ensuite, on suit les épreuves, un peu en soufflant avec en parallèle l’histoire dans le village de base, pas bien passionnante. Quand l’heure des combats sonne, on se réveille plutôt bien, surtout à partir du père du méchant du premier, qui gère la foudre. C’est classe, ultra dynamique et toujours lisible dans la mise en scène. Puis retournement de situation, changement d’enjeux et avalanche d’idées incroyables. Le coup de la cité enfouie dans les eaux, le chaudron antique, et plus globalement tout ce qui entoure le combat final est dantesque, avec une construction très jeux-vidéo où le méchant devient de plus en plus menaçant avec dix changements de forme, bouleversant à chaque fois l’environnement, mais également les chorégraphies de combat qui vont avec.

Et là plus que jamais, si on sent que la progression a largement été freinée par la continuité artistique avec le premier, et donc de la modélisation 3D un peu datée et des personnages très épurés à peine digne d’une production télé par moment, il faut tout de même reconnaître qu’en termes de décors, de pyrotechnie et autres effets, notamment la modélisation de l’eau ahurissante, là enfin on est vraiment sur le haut du panier. Mais peut-être que l’évolution la plus notable et positive vient du scénario : exit les blagues pipi caca incessantes, c’est bien plus modéré (et en vrai le coup des toilettes marche bien), et les thèmes abordés sont clairement plus matures et originaux, embrassant enfin pleinement les légendes et le lore qui va avec. Une fois passé l’introduction et les quelques redites avec le précédent, cette suite est bien plus aboutie sur tous les points, offrant surtout un spectacle visuel remarquable dans son dernier tiers. Ce seront en revanche les enfants des enfants qui ont découvert les premières aventures qui découvriront peut-être la suite, puisque là encore, on devrait attendre environ 6 ans avant le troisième opus, prévu pour 2031. Le record de 2,18 milliard tiendras t-il d’ici là ?

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Frankenstein


Frankenstein
2025
Guillermo del Toro

Voici l’un des gros concurrents des prochaines cérémonies, cité pas moins de neuf fois aux Oscars où il est notamment pressenti pour les prix techniques (photo, décors, maquillages et musique), bien qu’il fut aussi très cité aux Golden Globes et a perdu dans absolument chaque catégorie (mais il est vrai que ceux ci n’ont pas de section photo, maquillage ni décor). Nous voilà donc face à la 2973ème adaptation du mythe de Frankenstein, le savant fou qui a créé sa fameuse créature, mais qui était surtout à la base un roman de Mary Shelley, dont on se souvient du piètre Docteur Frankenstein récemment, ou pire, du cataclysme SF futuriste I, Frankenstein, un truc de chasseur de démons high tech en 2100 et quelques où après avoir vomi un petit coup, j’avais très vite abandonné. Ici, c’est le très grand Guillermo del Toro qui est à la tête du projet, souhaitant proposer une adaptation fidèle, une fresque épique que Netflix finança carrément à hauteur de 120 M$.

Nous sommes au XIXème siècle, et la médecine n’en est encore qu’à ses balbutiements, cherchant encore à comprendre le corps humain et son fonctionnement. Scientifique à la marge, Victor Frankenstein (Oscar Isaac) ambitionne d’aller plus loin que de comprendre notre organisme, il rêve de dompter nulle autre que la mort. Voyant en lui un potentiel inouïe, Harlander (Christoph Waltz) va financer les travaux de Frankenstein, donnant un budget illimité à sa folie. Plus qu’outrepasser la mort, il va tenter de créer la vie.

Clairement, il est difficile de révolutionner ou de surprendre avec une histoire que tout un chacun connaît au moins dans les grandes lignes. Et comme en plus on a là une adaptation des plus fidèles, l’histoire est prévisible, connue. Heureusement, l’intérêt est à la fois ailleurs, et multiple. Avoir Guillermo del Toro à la barre justifie déjà en soi l’existence du métrage, son univers visuel habituel sonnant comme une évidence face à ce récit de monstre. Et clairement, c’est une immense réussite dans la rencontre entre les deux, le film étant visuellement magnifique, que ce soit le grandiose baroque / gothique des décors et costumes, mais aussi la mise en scène et certains paysages extérieurs, avec des jeux de lumière à tomber. Un véritable bijou d’image qui bénéficie aussi de sublimes musiques, et il faut aussi reconnaître que le casting est très bon (comprenant Mia Goth, Lars Mikkelsen, David Bradley, Charles Dance et surtout Jacob Elordi en monstre dont le physique démesuré colle parfaitement). Mais quid de l’histoire ? Le film dure près de 2h30, pour une mise en place poussive, notamment avec tout ce qui entoure l’expédition dans le grand Nord, apportant une fin assez convenue. Du classique presque ennuyeux, mais heureusement la deuxième partie centrée sur la créature est bien plus intéressante, touchante, et ironiquement humaine puisque montrant le monstre s’éveillant à la vie. Du Pinocchio au bal des monstres, dans un style très shakespearien, permettant à son auteur de s’amuser avec des visions à la limite de la fantaisie, mais factuellement trop classique pour m’emporter outre mesure.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Un parfait inconnu


Un parfait inconnu
2025
James Mangold

Chaque année, il y a de très gros perdants aux cérémonies, et celui-ci en est un fameux avec notamment huit nominations aux Oscars, un total de plus de trente citations en comptant les Bafta et autres Golden Globes, et absolument zéro prix. Un coup dur niveau prestige, mais commercialement le film a eu une carrière plus qu’honorable, avec plus d’un million d’entrées en France et 140 M$ dans le monde, et en plus le titre sonne particulièrement juste dans mon cas puisque effectivement, je ne connaissais l’artiste que très vaguement, donc c’était l’occasion de découvrir son histoire, mais surtout ses œuvres.

Biopic musical, le film va retracer le parcours de 1961 à 1965 de Bob Dylan (Timothée Chalamet), jeune de 20 ans dont la vie va basculer alors qu’il voulait rencontrer son idole, Woodie Guthrie (Scoot McNairy). Non seulement il va réussir à le rencontrer, mais en plus il fera la rencontre d’une autre légende du Folk (sorte de mélange rock / country rétro), Pete Seeger (Edward Norton), qui vont lui laisser sa chance. Il espérait pouvoir gagner sa vie avec la musique, il va connaître une ascension des plus spectaculaire.

Alors… Problèmes : de un, je ne connaissais pas une seconde l’artiste, contrairement à un Bohemian Rhapsody où je me rendais compte « ah oui mais c’est eux ! » (oui ma culture musicale est assez catastrophique), donc il avait tout à prouver à mes yeux ; de deux, musicalement ça ne m’a que rarement plu, et c’était à chaque fois plutôt du côté de Joan Baez (Monica Barbaro) que le talent transparaissait ; et de trois, Bob Dylan est une merde humaine, ou en tous cas il l’est selon ce que le film montre et mes valeur morales. Et certes, il ne faut pas toujours chercher un compas qui pointe dans la même direction que nous, si on avait tous les mêmes opinions on se ferait salement chier, mais j’ai un peu de mal à m’intéresser à l’histoire d’un petit con qui fume, qui boit et se drogue non stop, qui avant même la célébrité était un petit con arrogant, prétentieux et infidèle, et même si oui il faut se remettre dans le contexte des années 60-70 où c’était la libération des mœurs, la découverte des substances récréatives et les joies du libertinage, ça me passe clairement au dessus et je vois juste une merde défoncée h24 qui ne respecte rien ni personne. Et comme en plus le style musical m’a globalement laissé indifférent et que j’ai trouvé les reprises de Timothée Chalamet un peu nasillardes, bien que je salue l’effort d’avoir donner de sa propre voix, les 2h20 m’ont paru très longues. De même, si j’ai trouvé le casting très bon (à noter également les présences de Dan Fogler, Elle Fanning et Boyd Holbrook), la mise en scène très réussie, l’écriture m’a quelque peu laissé sur ma faim. Qu’est-il arrivé à Guthrie, avant (son état) et après ? Pourquoi se concentrer sur ces quatre années ? Bob Dylan a-t-il eu une carrière éphémère ? Quel intérêt de parler de son vrai nom (Robert Allen Zimmerman) et de son origine juive si c’est juste pour sortir l’anecdote sans rien en faire ? J’ai eu un peu l’impression d’un film de fan et pour les fans, et que pour ma part je n’étais tout simplement pas invité à la fête.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Un simple accident


Un simple accident
2025
Jafar Panahi

Palme d’or au dernier festival de Cannes, le film, bien que iranien, a été financé avec fonds français, d’où le fait qu’il puisse concourir dans les catégories classiques aux Césars, et représente également la France aux Oscars où il est nominé en tant que meilleur film en langue étrangère. Une célébration assez banale il est vrai, le cinéaste étant un habitué des cérémonies où quasi chacun de ses films y a gagné une statuette. C’est pour ma part ma première tentative avec l’auteur, qui clairement ne parlera pas à tout le monde.

Imaginez, vous avez été torturé pendant des mois par les services de renseignement, laissant une trace indélébile dans votre être. Des années plus tard, votre sang se glace instantanément : celui qui vous a fait tant de mal, ce tortionnaire dont la voix et le grincement de sa jambe artificiellement vous hante chaque nuit, se trouve juste là. Mais est-ce vraiment lui ? Alors que Vahid avait retrouvé l’homme de ses cauchemars, assommé, ligoté, prêt à être enterré vivant, le doute l’assaille. Est-ce vraiment lui ? Il va alors tenter de retrouver d’autres de ses victimes pour en être sûr.

L’idée du film est assez forte, sorte de justice divine où un simple accident d’animal renversé va remettre sur le même chemin bourreau et victime, inversant les rôles au nom de la vengeance aveuglée par la haine. Les thèmes abordés sont pesants et importants, parlant sans détour notamment de la pratique consistant à violer les jeunes filles interrogées par les renseignements, s’assurant ainsi que si elles venaient à mourir, elles ne mourraient pas vierges, et iraient donc en enfer. On pourrait aussi souligner quelques idées de mise en scène intéressantes comme l’éclairage aux feux arrières, créant une atmosphère rouge oppressante. Mais en dehors de ça, force est de reconnaître que c’est un peu de la télé novela. Tous les acteurs ne sont pas professionnels, et ça se sent entre non jeu et surjeu, et surtout l’écriture a vraiment ce côté enchaînement de situations grotesques avec des personnages très expressifs, digne d’un soap à la limite de la comédie de boulevard par moments, mais sans jamais en approcher de près ou de loin de la qualité rythmique. C’est atrocement mou, mais pas dans le sens contemplatif, plus laborieux, brouillon, bavard pour rien, où rien ne se passe, rien n’avance. Si politiquement le film est « important », en termes de cinéma c’est plutôt poussif malgré une idée puissante, mais là encore, pas si originale. J’ai notamment fortement pensé à Mystic River ou Lost avec dans la saison 2 l’interrogatoire de Benjamin Linus et l’écho fort de l’histoire de Saïd. Et clairement, ici ça fait petit joueur en comparaison. Sans son contexte, le film serait clairement passé inaperçu.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Regretting You


Regretting You
2025
Josh Boone

Après s’être quelque peu perdu avec une incursion super héroïque qui a viré au cauchemar entre le rachat de la Fox puis le Covid, il faudrait d’ailleurs que je rattrape un jour Les Nouveaux Mutants, le réalisateur de Nos étoiles contraires revient à son genre de prédilection : la romance, orientée drame. Moi qui pensais me faire une petite pause dans mes rattrapages de « grand cinéma », j’enchaîne encore sur une claque d’envergure.

Ce n’était pas prévu, mais ce fut au final la plus belle surprise de sa vie : à peine majeure, Morgan (Allison Williams) tomba enceinte. 17 ans plus tard, sa petite Clara (Mckenna Grace) a bien grandi, découvrant l’amour pour la première fois avec le BG du bahut, Miller Adams (Mason Thames). La sœur de Morgan, Jenny, accueillait quant à elle son premier enfant, ayant retrouver depuis peu son amour du lycée, Jonah (Dave Franco). Mais un beau jour, la mort ne va pas frapper qu’une fois, mais bien deux : un accident de la route, tuant à la fois la jeune mère, Jenny, mais également son beau-frère, meilleur ami de Jonah, mari de Morgan et père de Clara, Chris (Scott Eastwood). Comment se reconstruire après une telle tragédie ?

Bien que les années passent, un genre continue inlassablement de résonner en moi : ce que les américains appellent les « teen movie », autrement dit les films de / pour ados. De jeunes gens qui s’ouvrent à la vie, se construisent dans un tourment d’incertitudes, de tensions et d’angoisses. Mais le film se concentre aussi beaucoup sur de jeunes adultes, qui eux aussi sont à une période charnière où ils doivent montrer l’exemple, se poser en modèle, alors qu’eux même sont toujours en proie aux mêmes doutes, aux mêmes peurs tenaces, avec potentiellement le choix / obligation de refaire sa vie quand la lassitude ou le deuil nous pousse à tout remettre en cause. Outre la puissance émotionnelle du récit en lui-même, l’authenticité des personnages, de leurs relations, nous plonge dans une emphase inspirante, presque cathartique. La sincérité et la douceur qui s’en dégage est vraiment touchante, porteur d’un espoir quasi euphorique. C’est beau, simple et réconfortant.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Life Of Chuck


Life Of Chuck
2025
Mike Flanagan

Sorti l’été dernier dans l’indifférence la plus violente, à peine un million d’entrées cumulées dans le monde entier, le film est un bel exemple de contre vérité sur le bouche à oreille. Alors que la presse a encensé le film, aucune trace de lui dans les cérémonies de récompense. Alors que les spectateurs ont encensé le film et l’ont massivement placé parmi leurs top de l’année, son maintient en salle fut au contraire très mauvais. Et pourtant, outre son casting impressionnant, le film avait de solides arguments marketing, comme le fait d’être une adaptation de Stephen King ou le fait qu’il traite de la fin des temps, sujet pesant mais imposant.

Qui est donc Chuck (Tom Hiddleston), prenant sa retraite après 39 ans ? Alors que la Terre est en proie à de terribles cataclysmes, que les fondations de notre société (internet, réseau, télévision, électricité) tombent les uns après les autres, Marty Anderson (Chiwetel Ejiofor), un enseignant divorcé (Karen Gillan), trouve un peu de réconfort dans une situation si cocasse où un dernier pilier tient toujours : les messages publicitaires concernant la retraite de Chuck, tenant bon même face à la fin du monde.

Un débat s’ouvre désormais : Là-Haut voit son titre de meilleure introduction de l’histoire remis en jeu. Si scientifiquement le coup des étoiles ne fonctionne pas, en termes de mise en scène et émotion brute, c’est tout simplement vertigineux. Un coup de massue à double tranchant, car que raconter derrière qui puisse rivaliser de près ou de loin ? Le film fera alors de la remise en contexte, expliquant d’où vient ce fameux Chuck, s’attardant notamment sur son enfance / adolescence (Jacob Tremblay), avec des fulgurances et des ratés. Le film crie son envie de vivre, mais ne cesse que de semer la mort sur sa route, donnant un profond sentiment d’injustice. Le film aurait pu rattraper pas mal le coup en joignant deux histoires : celle de sa future femme (Q’Orianka Kilcher) et de son amour de jeunesse (Trinity Jo-Li Bliss), qui ne sont malheureusement pas la même personne, alors même que la femme n’est jamais ni introduite ni développée, ce qui est fort dommage. Une occasion manquée, mais pour le reste le film est assez intense et prenant, même s’il est un peu regrettable que tous les éléments étranges / fantastiques soient immanquablement rationnalisés, à l’image de l’effacement de la passion au profit de la science (beaucoup poussé par le personnage du grand-père, campé par Mark Hamill). Un mot aussi sur la voix off du narrateur, que je sens rajoutée artificiellement pour un public teubé suite à des projection test ayant laissé confus. La première scène du second acte dévoile même carrément le comment du pourquoi, alors que cette découverte aurait eu plus d’impact sans ça. Reste qu’à choisir, j’aurais préféré un film entier sur le premier acte (le troisième), la suite – qui se passe avant – étant plus classique / conventionnelle. L’une des fin du monde les plus marquantes jamais vue, et tout de même un touchant parcours de vie.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

La Venue de l’avenir


La Venue de l’avenir
2025
Cédric Klapisch

Cannes n’est pas toujours très clément. Sorti en plein festival de Cannes, le film y avait reçu des critiques assez tièdes, jugeant le film assez bancal dans sa narration, voir carrément brouillon. Malgré une sortie d’envergure, un budget solide (près de 16 millions d’euros) et un réalisateur de renom, ce fut alors le giga gadin en première semaine : moins de deux cent mille entrées, une véritable catastrophe. Et là, le miracle des spectateurs : alors qu’en moyenne une première semaine compte pour 50 à 40 % des entrées, surtout sans aucune vacances pour booster derrière, le bouche à oreille porta le film à pratiquement un million d’entrées, restant dans le top 20 près de trois mois ! Et effectivement, le potentiel était bien là.

Qui était Adèle Meunier (Suzanne Lindon) ? Alors qu’une mairie de Bretagne cherche à raser une vieille bâtisse abandonnée pour y construire un centre commercial, elle va réunir tous les descendants de cette dernière pour ainsi obtenir leur accord. Une trentaine de personnes vont alors élire quatre représentant (Abraham Wapler, Zinedine Soualem, Julia Piaton, Vincent Macaigne) pour partir visiter ladite maison, à la recherche de cette vie passée.

La grande originalité du film, bien qu’en réalité mélanger les époques soit assez commun (je pense notamment à la SF avec Cloud Atlas, ou au fantastique avec The Fountain ou Un amour d’hiver), est qu’on suivra en parallèle le présent, sur les traces d’un passé – en l’occurrence le début du XXème siècle – qu’on suivra également, où la jeune Adèle part à Paris sur les traces de sa mère (Sara Giraudeau) disparue, faisant la rencontre au passage de Anatole (Paul Kircher) et Lucien (Vassili Schneider), deux aspirants peintre / photographe. On notera au passage un casting assez fou et particulièrement juste avec également Cécile de France, Fred Testo, Vincent Perez, Olivier Gourmet, la chanteuse Pomme ou encore François Berléand. Une forme de narration où les deux se répondent, ce qui est je trouve la force et la faiblesse du film. Dès la première scène, j’étais totalement conquis : une musique très belle, avec une scène qui dénonce la société moderne du paraître totalement artificiel, alors que se joue l’art véritable d’une autre époque juste derrière. On voit la simplicité, la joie de vivre d’antan, puis on bascule d’un coup sur ce même quai de gare un siècle plus tard avec ses grands TGV oppressants et cette foule asphyxiante.

C’est amusant cinq minutes, puis très vite c’est usant : j’ai d’un côté un récit d’époque qui me fascine, de l’autre le présent qui me fatigue (bigre la séquence poussive de l’opium !), avec des personnages creux et qui n’a rien de plus à raconter que sa profonde mélancolie et nostalgie. Le récit d’antan est passionnant, et je me suis fait la réflexion que le film me voulait juste du mal à chaque « retour à la réalité ». Laisse moi profiter bordel ! Et en vrai non, car ce double récit dénonçant nos dérives modernes sonne particulièrement juste et renforce l’attrait du passé, mais c’est vrai que je dois me ranger du côté de la presse pour constater que le récit est un peu chaotique, mal équilibré, et même si c’est probablement voulu, le présent ennuyeux occupe bien trop de place. Dommage car le film aurait pu être immense, et il garde des fulgurances importantes et reste très agréable au global, mais le projet aurait mérité un rééquilibrage, voir une réécriture sur son côté présent. On est pas passés loin d’un très grand film.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

The Brutalist


The Brutalist
2025
Brady Corbet

Il fallait bien lui laisser sa chance et c’est assurément l’un des films qui a le plus marqué l’année 2025 avec moult nominations et prix lors des dernières cérémonies, notamment la photographie et son acteur principal, à peu près récompensés partout où ils ont été. Et autant le sujet de l’architecture, en l’occurrence le brutalisme (style imposant, épuré et froid), était très enclin à m’intéresser, de même que le tournage en VistaVision, une caméra pellicule très spécifique des années 50, période où se situe justement l’essentiel du récit, mais face à une durée de 3h20, la curiosité laisse place à la flemme. Jusqu’à enfin pouvoir la surmonter donc.

L’histoire va suivre un certain László Toth (Adrien Brody), un juif polonais fuyant un pays en ruine post Seconde Guerre Mondiale, où les rescapés de son peuple sont traqués comme des criminels responsables de la situation du pays, car après tout les germaniques ne les auraient pas envahi sans ça. Il va trouver refuge auprès de son cousin aux Etats-Unis, loin de se douter que la vie serait tout aussi difficile. Alors que sa femme (Felicity Jones) et sa nièce espèrent le rejoindre, lui aussi va lutter pour sa survie, en attendant qu’un jour peut-être il puisse à nouveau vivre de sa passion pour l’architecture.

Le style du film avait de solides arguments pour me convaincre, sorte de film testament d’une époque, d’une vie, d’une passion. Et effectivement, historiquement voir un monde qui se relève péniblement de la pire heure de son histoire, c’est passionnant. Les visuels du film sont incroyables, la photographie effectivement remarquable, que ce soit les plans de bâtiment, les paysages urbain aussi bien que naturel, et c’est d’autant plus fou quand on sait que le budget du film est absolument ridicule : officiellement moins de 10 millions de dollars, alors même que moult acteurs de renoms sont présents (Joe Alwyn, Stacy Martin et Guy Pearce également), qu’on compte énormément de décors dans plusieurs pays, et qu’en plus un édifice d’envergure a été construit pour les besoins du film. Un ouvrage passionnant, aussi bien dans son design que dans son histoire, et une fresque aussi immense méritait presque une durée pareille, bien qu’on aurait largement pu couper une heure entière vu l’étirement des scènes et les pans entiers de scénario pas bien passionnants. C’est d’ailleurs étonnant de savoir que non, le film n’est pas une histoire vraie, ni même inspirée de près ou de loin, une pure fiction de bout en bout. Pourquoi diable nous avoir alors infligé toute cette histoire sur la drogue et les innombrables déviances de son héros ? Que fait-il en premier à son arrivée sur le continent américain ? Il trompe sa femme et va aux putes. Que fait-il avec ses premiers salaires ? Au lieu de se protéger avec un toit sur la tête, il s’achète du crack…

Je trouve personnellement que non seulement cela alourdi le récit, mais surtout ça le dessert fortement : il y avait déjà l’après guerre et les préjugés raciaux, et que le personnage principal batifole pendant que sa femme meurt de famine au pays aurait été déjà énorme niveau tiraillement intérieur, de même pour la branlette intellectuelle de l’artiste miséreux qui tire son génie de sa souffrance. Difficile aussi de comprendre une autre déviance sortie de nulle part dans le dernier tiers, alors même qu’on aurait plutôt imaginé l’inverse entre une remarque à la sortie des putes et quelques situations prêtant à confusion entre le drogué et son dealeur. Une surabondance de thèmes dépressifs, donnant une impression de surenchère dans le larmoyant, et j’ai trouvé que ça alourdissait plus le récit qu’autre chose, là où un peu plus de droiture et de rêve américain aurait donné plus de grandeur à l’ensemble. Un très grand film tout de même, et j’en comprend totalement l’engouement, mais notamment sur la deuxième moitié, à l’image du brutalisme assez froid, voir austère, le film m’a semblé se refuser à la grandeur pour du pathos moins abouti.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Jurassic World : Renaissance


Jurassic World : Renaissance
2025
Gareth Edwards

Réalisateur un peu trop rapidement qualifié de génie, Gareth Edwards a eu la lourde tâche que de redorer le blason de la saga Jurassic World, elle-même prolongement de la saga Jurassic Park, qui était en très très grosse perdition, au sens propre comme au figuré. Si des sources parlaient au début de 160 ou 185 M$ de budget, les dernières sources affirment que ce serait en réalité plus de 583 M$, 465 M$ après déduction de taxes, plaçant tout simple Jurassic World : le monde d’après comme le film le plus cher de l’histoire. Eh oui, une merde pareille ! Pourtant, avec les produits dérivés l’argent doit visiblement couler à flot puisque un septième opus a vu le jour, là encore avec un très gros budget variant énormément selon les sources (265 M$ prévisionnel, 180 M$ estimés, 225 M$ annoncés, et il faudra probablement attendre des années pour avoir le vrai chiffre).

L’homme s’est lassé des dinosaures, eh bien les dinosaures se sont à leur tour lassés des humains. Exit la cohabitation, la plupart des espèces se sont à nouveau éteinte, et les rescapés ont quant à eux migré vers des zones tropicales, notamment autour de l’équateur. Un riche pharmaceutique (Rupert Friend) ambitionne de synthétiser un tout nouveau traitement contre les maladies cardiaques, mais le problème, c’est qu’il a pour ce faire besoin d’échantillons des plus grands dinosaures, possédant de fait de grands et puissants cœurs. Et justement, les derniers vivent désormais en zone tropicale protégée, interdite d’accès et dangereuse. Il va alors monter une équipe de mercenaires (incluant Scarlett Johansson, Jonathan Bailey et Mahershala Ali) pour récupérer les échantillons.

Ah quand même ! Ne cherchez pas, c’est tout simplement un remake de Jurassic Park III. Certes, on nous rajoute une histoire d’échantillons, mais avec une famille rescapée à sauver, on se retrouve en fait à retourner sur une ancienne île tropicale avec plein de dinos, avec des installations humaines abandonnées, et c’est ahurissant comment également ça repompe à blinde Jurassic World : le monde d’après en termes de recyclage de la musique iconique et clin d’œil intempestifs. N’est-ce donc pas possible que de faire de l’originalité ? Ah si : les dinos génétiquement modifiés. Parce que les dinos ça existait naturellement avant ça ? Bah non, c’est débile, c’est juste « inventer de nouveaux dinos » au lieu de cloner les anciens. Et le problème, c’est que non seulement ça ne ressemble plus à des dinosaures, mais en plus biologiquement ça ne fonctionne pas. Si on excepte le fait que des bestioles d’une dizaine de mètres de haut se cachent dans des buissons qui arrivent à hauteur de cuisse d’homme, le reskin de diplodocus ne marche pas : une queue aussi fine et aussi longue n’aurait pas assez de muscle pour se mouvoir. Et puis quitte à prendre Gareth Edwards, c’est quand même dommage que l’ampleur des créatures et des décors soit si limitée. Petit mot également sur les personnages, où ça grille trop vite ses figurants (attention de ne pas cligner des yeux pour ne pas rater Ed Skrein) pour nourrir la faune : c’est fou comment cette équipe appâtée par l’argent semble faire écho aux acteurs qui cachetonnent. Bref, du spectacle pas si grand, loin d’être aussi catastrophique que le monde d’après, qui allait loin niveau ridicule, FX pourris et dialogues atroces, mais très loin de ses illustres ancêtres. Embauchez un scénariste compétent la prochaine fois pitié.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire